Personnes handicapées et employeurs, travailler ensemble ça rapporte !
Ludovic Langlois.
Crédit photo : Patrice Laroche, Le Soleil.
Ludovic Langlois a beau être sourd, ça ne l'empêche pas de pouvoir tenir trois ou quatre conversations à la fois. Tant qu'il y a du papier, en fait…
Les moulins à paroles seraient peut-être confondus, mais on s'habitue rapidement. Notre entrevue de trois heures se déroule presque uniquement par échange d'écrits. Des mimiques donnent le ton. Les silences meublent la rencontre. Outre le bruit du climatiseur dans son appartement, on n'entend que le bruit du stylo sur le papier.
Ludovic a un handicap rare : le syndrome de Usher. Il s'agit d'une maladie génétique héréditaire (les deux parents doivent être porteurs du gène); les personnes qui en souffrent naissent sourdes et perdent plus tard leur vision périphérique. Pour Ludovic, ce moment est arrivé à l'adolescence. Il ne lui reste aujourd'hui que 25 % de son champ visuel, soit ce que l'on peut voir lorsque l'on met ses mains en forme de longue-vue devant les yeux. Bien que sa vue se soit stabilisée ces dernières années, cette combinaison de limitations multiplie le problème.
Le jeune homme de 28 ans fait mentir l'idée voulant que les personnes sourdes tendent à s'isoler. Pour lui, tous les moyens sont bons pour communiquer : l'oral (il prononce des sons), la gestuelle, l'écriture, le faciès, et, avec les initiés, la langue signée québécoise. Il cultive les occasions de rencontre, a une blonde et une joyeuse bande de copains, fait partie d'un club de couch surfing grâce auquel il côtoie des gens d'autres cultures, participe à la vie sociale de son lieu de travail, étudie et… fait de la voile.
Son moteur dans la vie? « Les défis! Plus j'ai de défis à relever, plus j'ai à faire mes preuves, plus je suis motivé. »
Pas très grand mais costaud, sympathique, le sourire généreux, Ludovic semble traverser la vie sans encombre, d'autant plus que son handicap ne se voit pas. « Dans les partys, il suit très bien les conversations, c'est surprenant! » commente son colocataire et ami depuis quatre ans, Simon Clément, présent au début de l'entrevue.
Aux murs de l'appartement qu'il partage afin d'économiser des sous pour acheter plus rapidement une maison, des papillons encadrés, une de ses passions. Dans un coin, une guitare. Euh… une guitare? Hé oui! Ludovic a un implant cochléaire qui lui permet d'entendre certains sons. La plupart le fatiguent, mais permettent d'assurer sa sécurité, entendre une voiture arriver, une sirène… La guitare, elle, le détend.
Dans son bureau du Campus Notre-Dame-de-Foy, Ludovic a le coeur à l'ouvrage. Son patron, Jacques Delisle, n'hésite pas à le qualifier de brillant, de minutieux et de compétent. Son conseil aux employeurs : ne pas s'arrêter à de fausses barrières.
Crédit photo : Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil.
Malgré l'avis défavorable de son ophtalmologiste, Ludovic est devenu technologue en architecture. Après avoir travaillé quelque temps dans un petit bureau d'architectes, il assure depuis deux ans et demi l'inventaire et la planification des aménagements dans les sept bâtiments du Campus Notre-Dame-de-Foy, à Saint- Augustin-de-Desmaures. Son patron, lui, est ravi!
Jacques Delisle ne tarit pas d'éloges sur son employé. « Sans exagérer, c'est extraordinaire ce que Ludovic a amené. Il est minutieux, très compétent, ne laisse rien au hasard, il est brillant. »
S'il avait un message à faire aux employeurs, ce serait de « ne pas s'arrêter à de fausses barrières ». Oui, communiquer avec Ludovic a demandé une petite adaptation. Mais il a tellement apporté à l'organisation qu'il ne voudrait s'en passer pour rien au monde. Même sur le plan personnel, sa sensibilité aux autres et son sens de l'humour en font un compagnon de travail des plus attachants, témoigne-t-il avec chaleur.
L'ambiance de franche camaraderie qui règne dans le bureau avec sa collègue Manon Lapointe témoigne d'ailleurs d'une intégration réussie pour Ludovic. Pendant que leur patron vante ses mérites, les deux s'échangent des messages et rient de bon coeur.
Ludovic aime réussir ce qu'il fait. Il a terminé son premier diplôme d'études collégiales (DEC) en technologie de l'architecture avec un deuxième prix technique, et en a fait un second en estimation des bâtiments tout en travaillant à temps plein. Il a commencé des études en droit à l'université pour le plaisir, mais vient d'abandonner afin de mettre ses mathématiques à jour avant d'entrer en administration.
Jamais, au grand jamais, il n'a pensé qu'il pourrait se retrouver un jour sans travail à cause de son handicap. « Travailler me permet de faire mes preuves et de compétitionner. J'aime la compétition », avoue-t-il.
Ce fils unique ayant grandi près de Shawinigan caresse par ailleurs un grand rêve, celui d'ouvrir un jour une école de voile pour personnes handicapées. Un projet à long terme, puisqu'il doit d'abord se perfectionner et obtenir le titre d'instructeur, en plus de trouver des partenaires. « Mon but serait de faire vivre aux handicapés une très belle expérience et leur apprendre à renforcer leur estime de soi, courage, espoir… », écrit-il.
Au mur surplombant son ordinateur, de belles photos de voiliers alimentent cette idée. Et c'est pour transmettre sa propre passion qu'il donne des conférences à de jeunes sourds.
« Je leur parle de mon cheminement et je leur montre qu'il est très important d'avoir un rêve et de travailler pour l'atteindre. »
Car malheureusement, la sous-scolarisation est une réalité fréquente au sein de la communauté des sourds, dont beaucoup ne maîtrisent pas la langue écrite. Mais Ludovic, lui, « écrit sans fautes et nous corrige », remarque sa collègue. Un acquis qui lui permet de faire tomber les barrières entre lui et le monde des entendants, assurément.
Pour communiquer avec Ludovic Langlois sur son projet d'école de voile : voile.adapte.ludo@gmail.com
Pour en savoir davantage sur sa maladie : Association du syndrome de Usher du Québec : asuq.powweb.com 
Par Claudette Samson, journal Le Soleil
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