Personnes handicapées et employeurs, travailler ensemble ça rapporte !
Mathilde Barbeau, médecin de famille, est née avec le spina-bifida.
Crédit photo : Yan Doublet, Le Soleil.
À tout moment, son beau grand rire déboule dans la conversation. Mathilde Barbeau répand la bonne humeur sans compter, comme un véritable antidote à l'amertume. « Pourquoi moi? » est une question qui ne l'a jamais effleurée.
Visiblement douée pour le bonheur, la femme de 37 ans n'allait pas perdre son temps à se morfondre parce qu'elle était née avec le spina-bifida. Elle le dit et le redit de maintes façons : « Je me trouve chanceuse de faire ce que je fais; je fais ce que j'aime, je fais ce que j'ai voulu. »
Ce qu'elle fait ? Elle soigne les gens. Et les aime. Médecin de famille, Mathilde Barbeau écoute avec chaleur, porte attention, se passionne pour ses patients. Et ce n'est pas son handicap qui freine ses élans.
Petite, lorsqu'elle a pris conscience de sa différence, « je n'ai pas eu de grosse réaction, je n'en ai jamais voulu à la vie. Même dans mes rêves, je n'étais pas handicapée, je marchais, je courais » !
Le spina-bifida est une malformation congénitale de la colonne vertébrale et de la moelle épinière qui apparaît dans les toutes premières semaines de la conception. Ses conséquences sont de gravité variable, principalement de nature sensitive et motrice.
De nos jours, elle se détecte lors d'une échographie, mais chez Mathilde Barbeau, elle a été découverte à la naissance. Son cas était compliqué par la présence d'une tumeur bénigne mêlée à la moelle. Une opération réalisée à l'âge de deux ans pour l'enlever a malheureusement eu pour effet de briser des nerfs et de l'empêcher définitivement de marcher, elle qui trottinait déjà. Dès lors, Mathilde a dû enfiler de longues orthèses de plastique moulé allant du dessous de ses chaussures jusqu'à la taille afin de supporter son poids et remplacer en quelque sorte ses muscles non fonctionnels. Pour marcher, elle utilise des béquilles canadiennes, sorte de cannes avec un support mobile au niveau de l'avant-bras. Comme elle le dit, elle ne peut pas marcher, mais avec ces aides, ça marche !
Lorsqu'elle était toute petite, ses parents se sont demandés s'il valait mieux vendre la maison à paliers pour en acheter une nouvelle, sans obstacles. « Leur raisonnement a été de se dire : "Des marches, elle va en rencontrer toute sa vie, aussi bien l'habituer" », raconte la jeune femme. Et quand la petite fille tombait, maman la guidait pour l'aider à se relever, mais ne faisait jamais les choses à sa place. À son avis, cette attitude a été déterminante pour son développement. « J'ai eu de bons parents qui m'ont aidée à devenir autonome, à avoir confiance. Ils ne me voyaient pas comme handicapée. Et je n'ai jamais eu l'impression que mes parents avaient honte de moi. »
Donner aux malades chroniques les moyens de prendre en main leur santé apporte à Mathilde Barbeau un grand sentiment d'utilité.
Crédit photo : Yan Doublet, Le Soleil.
Si Mathilde Barbeau est aujourd'hui médecin, c'est en grande partie grâce à celui qui la traitait lorsqu'elle était petite. Un homme passionné, qui lui a transmis le virus.
« Il avait tellement l'air d'aimer ce qu'il faisait, j'arrivais à m'imaginer faire ça moi aussi », dit celle qui a aussi songé devenir architecte... jusqu'au jour où elle a compris qu'il lui faudrait aller sur les chantiers et grimper dans des échelles !
« Ça, ce n'était pas très réaliste », constate-t-elle en regardant ses béquilles.
Ce qui a été important, cependant, c'est que personne ne l'a découragée dans ses ambitions, la laissant faire ses propres prises de conscience.
Aujourd'hui, Mathilde multiplie les boulots : au Centre de réadaptation en déficience physique Chaudière- Appalaches, sa région d'origine où elle pratique depuis la fin de ses études; en clinique dans un groupe de médecine familiale, et, depuis quelques mois, un poste « plus intellectuel », médecin évaluateur à la Régie des rentes trois jours et demi par semaine.
Ce dernier travail lui a permis de mettre entre parenthèses sa pratique à l'hôpital et de mieux canaliser son énergie, car, elle l'avoue, les déplacements la fatiguent. Se lever, s'asseoir souvent, comme elle le fait à la clinique, est également exigeant, mais elle adore le contact direct avec les patients. Les outiller, donner aux malades chroniques les moyens de prendre en main leur santé lui donne un grand sentiment d'utilité.
Pour ses patients en réadaptation, son propre handicap prend une dimension bien particulière. « Il y en a qui disent : "Mathilde est compétente, elle connaît ça, elle", mais ça n'a rien à voir ! » dit-elle en riant de bon coeur.
De son expérience personnelle et de son travail en réadaptation, Mathilde tire un constat : la capacité des personnes handicapées à s'imaginer dans un boulot donné est fondamentale pour leur intégration au marché du travail.
« Trop de patients se mettent des barrières. Souvent, on en voit qui ont un bon potentiel, on les verrait faire telle ou telle chose, mais la personne ne s'imagine pas, et il faut que ça parte d'elle. »
Mais chez cette femme radieuse et enjouée, habitant pleinement sa vie, les capacités de projection dépassent largement le travail : dans ses loisirs, elle pratique le biski, une forme de ski adapté avec un siège, ainsi que la natation et la voile. Dans la belle maison surplombant le fleuve qu'elle habite avec son conjoint, elle s'est aussi prise d'intérêt pour le jardinage, une activité qu'elle réalise... en laissant tomber les orthèses, tout simplement.
Voir le site de l'Association de spina-bifida et d'hydrocéphalie du Québec : www.spina.qc.ca 
Par Claudette Samson, journal Le Soleil
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